note d’intention du metteur en scène

NOTE D’INTENTION DU METTEUR EN SCÈNE

C’est d’amitié et d’êtres humains qu’il s’agit. D’êtres qui ont envie d’aller au bout de leurs envies, sans s’occuper des freins, des tabous, de l’éducation et de l’organisation familiale judéo-chrétienne dont ils sont issus. D’êtres humains qui veulent couper le cordon ombilical pour vivre leur vie, sans se rendre compte qu’elle puisse être scandaleuse aux yeux des autres, pourvu qu’elle réponde à leurs critères au point d’envisager de concrétiser leur relation par un lien fort et puissant qu’ils pourront abreuver d’amour.

Dix ans après ce projet avorté, reste-t-il des regrets ? Des envies ? L’amour fait-il partie des promesses qui s’oublient ?

C’est cela que je veux transcrire pour la scène.

Pas de jugement, ni sociétal, ni religieux, ni moral sur ce projet qui a germé dans leurs esprits jeunes et fougueux. Cette idée de la jeunesse qui peut envisager tous les possibles, qui peut tout oser.

Souligner leur complicité. La complicité de ces êtres jeunes qui tentent de faire avec. Avec leur sensualité, leurs désirs, leur besoin, ou pas, de transmission. Qui tentent de faire avec leur éducation, au besoin en lui tournant violemment le dos. De faire avec, et surtout de faire ensemble.

Il faut de la naïveté et en même temps de la détermination pour aborder ce projet, de l’inconscience, des joies et des peurs, de la poésie et en même temps de la physiologie, du calme et de la tempête, de la maîtrise et de l’ivresse.

Leur regard mûri par dix années de vies séparées, les trois amis (se) racontent leur plus belle histoire d’amour hors du plateau. Leur arrivée sur le plateau correspond un peu à l’entrée dans un vieux grenier où l’on retrouve des souvenirs. Leurs souvenirs, sous la forme de la pièce leur servant de lieu de vie. Autour d’un décor sobre constitué de trois chaises et d’une table basse en plexiglass servant aussi de lit et de canapé, les trois comédiens rejoueront l’histoire d’amitié, leur projet de s’inventer une vie et l’échec de leur tentative.

C’est cela que nous allons présenter sur la scène, mêler sensualité et poésie, convoquer le soleil et la pluie, la musique, les actes et les paroles, déclencher les sourires et les frissons…

Et aussi poser des questions sur notre capacité à accepter les différences et notre degré de tolérance, au-delà des mots.

Interroger les promesses et crucifier les regrets…

Ch. Maniguet, mars 2015.